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Aznavour, l’autre visage
Un reportage d’Agnès Vahramian et Jean-Marie Lequertier
"J’arrête un jour, je regrette ma décision le lendemain. Il serait raisonnable que je me retire mais je n’ai jamais été raisonnable". Ainsi se confie Charles Aznavour au Japon alors qu’il entame une tournée d’adieux mondiaux prévue pour durer quatre ans.
Cet été, l’auteur compositeur interprète a séduit le public du plus important festival Rock de France en Bretagne. Comment s’est tissée la carrière de cet artiste qui passe aujourd’hui trois générations, chanteur français le plus connu dans le monde ?
Du Japon à la Russie, en passant par sa maison du sud de la France qu’il ouvre pour la première fois à une caméra, une équipe d’Envoyé Spécial a suivi l’artiste pendant six mois.
Dans ce portrait, Charles Aznavour, 83 ans, se livre sur les tournants de sa carrière (ses débuts difficiles face à la critique), de sa vie (ses ennuis fiscaux), nous invite à découvrir sa famille et parle pour la première fois devant une caméra de son fils disparu.
L’Hymne Aznavour ou le portrait inédit d’un artiste qui a rencontré son destin.
Bonus
- Interview
- Bibliographie

Pour percer les secrets de son succès mais aussi mieux connaître l’homme qui se cache derrière l’artiste accompli, Envoyé spécial (Agnès Vahramian, Jean-Marie Lequertier, Christophe Moyon et Michel Violet) a choisi de consacrer un reportage exclusif à Charles Aznavour. Un tournage de plusieurs mois, un montage intense pour dresser, au final, le portrait au naturel d’un homme vrai. Explications de la journaliste, Agnès Vahramian.
Pourquoi avoir choisi de consacrer un reportage à Charles Aznavour ?
Ce n’est pas très original mais la première raison est sans doute que je suis fan de lui depuis très longtemps. Je trouvais aussi que son portrait manquait à la galerie d’Envoyé spécial. Aznavour, ses chansons, font partie de notre patrimoine. Nous connaissons bien l’artiste mais beaucoup moins l’homme. Voilà pourquoi nous avons choisi de tenter de délivrer les clefs de son succès et de sa longévité, tout en apportant un éclairage sur l’homme.
Que raconte ce reportage ?
L’histoire d’une volonté. Une volonté farouche d’y arriver. Si l’on connaît aujourd’hui le Aznavour, glorieux, on oublie souvent que ses débuts l’ont été beaucoup moins. Après avoir rencontré un franc succès en tant que parolier, chanté en duo avec Pierre Roche et travaillé aux côtés d’Edith Piaf, Charles Aznavour débute difficilement sa carrière en solo. Comme il n’entrait pas du tout dans le moule des artistes de l’époque, le public n’aimait ni sa voix, ni son physique. La presse était elle aussi virulente. Mais de cette humiliation, Aznavour a su tirer de la force, de la volonté et de l’énergie.
Qu’avez-vous découvert sur lui ?
De prime abord, Aznavour n’est pas quelqu’un de chaleureux. Il vient vers vous doucement, enfin, il vous laisse surtout venir vers lui. Il ne savait pas ce que je cherchais, et moi, ce que j’allais découvrir… Avec du recul, je dirais avoir découvert un Charles Aznavour d’une grande franchise. Surtout que je n’ai pas hésité à lui poser des questions parfois un peu crues sur la mort, l’argent ou les moments difficiles de sa carrière. A aucun moment, il n’a refusé de répondre. Ni même cherché à esquiver. Je pense qu’il avait envie de se montrer vrai, tel qu’il est. J’ai aussi découvert un homme d’une grande tolérance. Fils d’immigrants – artistes contrariés car exilés –, Aznavour a grandi dans le Paris des années 30, au cœur du cosmopolite quartier latin. En chantant plus tard dans le monde entier, Aznavour a ouvert beaucoup d’horizons. Je crois je ne mesurais pas à quel point ses origines avaient forgé sa capacité d’adaptation et son ouverture d’esprit. Ce n’est pas pour rien qu’Aznavour chante les solitaires et les marginaux. C’est aussi l’un des premiers à voir écrit une chanson sur l’homosexualité…
Selon vous, pourquoi son répertoire musical touche-t-il autant les gens ?
Dans une sorte de vague à l’âme, il caresse doucement notre mélancolie. Les personnages qu’ils chantent sont souvent des rêveurs restés sur le quai. Il sait s’emparer des sentiments ordinaires, magnifier nos émotions. Les gens s’identifient aux personnages de ses chansons.
Combien de temps a duré le tournage ?
De février à juillet. Mais nous ne le suivions pas tous les jours. Sa fille, charmante, nous aidait à régler les problèmes d’emploi du temps. La durée du tournage nous a permis de le découvrir au bureau, lors de sa tournée à Moscou et au Japon, chez lui aussi, en famille, dans sa maison dans sud de la France. Il ne nous a jamais parlé du contenu du film et nous a laissé une entière liberté. Il est rare que quelqu’un de sa stature ne soit pas constamment soucieux de son image…
Comment s’est déroulé le montage ?
Nous avions énormément de rushes. J’ai travaillé de concert avec Michel Violet, le monteur, qui m’a beaucoup aidé à organiser et à trier les images. Nos deux visions se complétaient. Alors que lui était davantage intéressé par sa carrière remarquée, moi, je souhaitais davantage comprendre ce qui faisait vibrer l’homme. Le montage a été très long mais, à aucun moment, nous nous sommes lassés du personnage. Nous espérons transmettre une image fidèle de l’homme qu’il est. Un personnage humain, tendre, fragile, drôle, aux blessures cachées. Et contrairement à l’image qu’il a pu renvoyer à certains moments de sa carrière, Aznavour n’est pas prétentieux. Il est juste doté d’une dignité faramineuse…
L’Arménie est-elle présente dans le film ?
En filigrane. Sur la durée du tournage, nous n’avons pas eu l’occasion de le suivre en Arménie mais il évoque sa rencontre avec ce peuple qui va devenir sa famille. Pour moi, l’Arménie, c’est ce qui accomplit l’homme, tant par ce qu’il lui a donné qu’à travers ce que l’Arménie lui a apporté. Elle a fait de lui un être généreux, bienfaiteur. Tout ça a fini de grandir l’homme… Oui, c’est ça, Aznavour est un petit homme qui n’a fait que grandir…
Propos recueillis par Céline Boidin-Lounis














Envoyé spécial
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