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Travailler plus... pour vivre

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Mots clés : Emploi Economie Société

Conductrice d’autocar le matin, monitrice d’auto-école l’après-midi…Ou bien assistante maternelle dans le jour et vendeuse à domicile, le soir… Cela s’appelle le “multitravail”, et ceux qui l’exercent sont des “pluriactifs”.

Des mots qui n’ont pas toujours bonne réputation dans un monde du travail où la “norme” est un seul métier chez un seul patron. Officiellement, plus d’un million de salariés en France ont plusieurs employeurs, quand un seul travail ne suffit plus à boucler les fins de mois. La faute aux faibles salaires et aux emplois à temps partiel. Un modèle américain, qui là-bas touche 8 millions de salariés et qui pourrait bien devenir français. Les salariés précaires ont été les premiers emportés dans la spirale du multitravail. Désormais, d’autres salariés, à temps plein ceux-là, des ménages dans le besoin, victimes de la baisse du pouvoir d’achat, pourraient bien les rejoindre. Reportage auprès de trois femmes qui n’ont pas d’autre choix pour survivre que de cumuler plusieurs emplois.

Bonus

  • Interview de Laurent Hakim
  • Interview de Laurent Hakim

    Comment s’est déroulé votre tournage ? J’imagine qu’il a fallu vous
    adapter à l’emploi du temps compliqué des trois femmes que vous avez
    suivies ?

    Nous avons mis deux jours pour tourner une seule journée de Marie-Pierre,
    "la femme aux trois boulots" !!! Impossible de faire autrement au rythme
    effrené qu’elle mène, il nous a fallu revenir deux fois sur chacun de ses
    lieux de travail pour saisir les moments essentiels de sa journée. Une
    troisième journée avait même été envisagée... A l’époque, sa propre fille
    Solene faisait elle meme deux jobs, car pour elle non plus un seul ne
    suffisait pas a lui assurer des revenus décents. Depuis, la jeune fille a
    trouvé un emploi plus stable et elle a adopté un rythme de vie moins
    chahuté. Pour Isabelle, l’assistante maternelle, le planning de tournage
    était un plus simple, et plus posé puisque son travail a domicile avec les
    enfants était de fait plus sédentaire. Quant a Michèle, travailleuse en
    usine, deux demi journées ont a peu près suffit a rendre compte de son
    emploi du temps, dans une première usine puis dans la seconde. Nous avons
    été frappés par la rudesse de son univers professionnel, notamment le bruit
    des chaines de productions. Ces trois femmes courageuses ont en commun de se
    lever très tot et de tolérer une amplitude de temps de travail importante,
    et une vie professionnelle globalement fatiguante.

    Que retiendrez-vous de ce reportage, des personnages que vous avez
    rencontrés ?

    De chacune des trois femmes rencontrées - selon les difficultés qu’elles
    connaissent et qui les ont conduites à ces situations de cumuls d’emplois -
    nous avons reçu une sacré leçon de courage ! Pas facile d’enchainer des jobs
    parfois très différents avec la même concentration lorsque les journées à
    rallonge ne laissent aucun répi ! J’ignorais pour une grande part que cette
    situation de multitravail se répandait en France, un tel rythme de travail
    était pour moi l’apanage des Etats Unis et plus globalement des pays
    anglo-saxons. Nos trois multitravailleuses nous ont aussi impressionnés par
    leur optimisme, elles ne vivent pas ce cumul avec fatalité ni ne donnent
    l’image de personnes accablées. Tout en restant pudiques sur leur précarité
    passée ou présente, elles retournent la situation a leur avantage en
    avançant des arguments tels la diversité du travail. Telles des alchimistes,
    elles transforment la nécessité en choix...

    Pensez-vous que la pluriactivité est amenée à se développer en France,
    comme c’est le cas aux Etats-Unis ?

    Dans la mesure ou la situation économique est peu favorable
    pour inciter les entreprises a proposer des heures supplémentaires, le
    multitravail peut etre une recette pour y parvenir. Mais le prix a payer -
    santé, vie de famille, equilibre - est parfois plus élevé que le bénéfice
    qui en est retiré. Ce multitravail - illustration au demeurant d’une
    précarisation de l’emploi et des rémunérations - n’est envisageable la
    plupart du temps que dans le cadre de petits boulots, d’intérim ou de temps
    partiel. On a vu que dans un premier temps les emplois à temps partiel
    s’étaient multipliés, et aujourd’hui les emplois intérimaires tendent eux à
    se raréfier... L’espace pour le multitravail n’est pas simple a trouver...
    Les Etats Unis présentent un profil un peu différent, et des situations
    certainement plus radicales : les foyers américains vivent beaucoup plus
    endettés que les Français, et c’est généralement pour faire face aux
    nombreuses charges - assurances sociales exhorbitantes, frais scolaires ou
    universitaires démesurés - que les parents, acculés, ont recours a cette
    pluriactivité. Alors qu’en France le multitravail reste plutot une manière
    d’arrondir des fins de mois (tres) difficiles, aux Etats Unis c’est
    généralement une question de survie, ni plus ni moins.

  • Bibliographie
  • Bibliographie

    - "Et pourtant je me suis levée tôt", d’Elsa Fayner

    Editions PANAMA

     

    - "La pluriactivité, ou l’exercice par une même personne physique de plusieurs activités professionnelles", de Lise Casaux

    Editions LGDJ

     

    - "Les groupements d’employeurs", de Jean Dalichoux et Pierre Fadeuilhe

    Editions Liaisons

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